Pouvez-vous commencer par vous présenter ?

Je m’appelle Caroline, je suis psychologue clinicienne – ça fait une quinzaine d’années que j’exerce. J’ai d’abord eu une pratique en institution avec des enfants, des familles et en psychiatrie avec des ados et des adultes. Depuis quelques années j’ai recentré ma pratique sur les cabinets dans lesquels j’exerce sur Paris, et également en tant que formatrice.

Par ailleurs j’anime des cercles de parole, surtout des cercles de femmes, où la parole est libérée et on peut aborder tous les sujets.

Dans un des cabinets où j’exerce il y a beaucoup de sages femmes, et assez naturellement s’est mis en place un contact parce qu’il y avait des femmes qui pouvaient être en souffrance à cause de leur acné. Ensemble on a travaillé à la fois le côté physiologique avec l’accompagnement des sages femmes, dermatos etc… tout en travaillant l’impact psychologique que ça peut avoir et explorer d’éventuelles pistes plus personnelles qui aggraveraient ou susciteraient cette acné.

Aujourd’hui nous voulions adresser le sujet de l’acné d’un point de vue psychologique. Tout d’abord, pensez-vous que le bien-être psychologique peut affecter le bien-être de la peau ?

Par mes rencontres, d’hommes et femmes, j’ai constaté que quelqu’un qui est très stressé ou qui a vécu un choc émotionnel peut avoir une poussée de boutons. Je dirai que c’est essentiellement lié au fait que notre peau est notre première enveloppe, c’est notre première interaction entre le monde extérieur et intérieur. Et cette peau réagit au soleil, à l’alimentation etc…Mais ça peut aussi se jouer dans une relation, au travail, dans la famille, dans son vécu avec soi-même – le corps réagit et ça peut passer par de l’acné.

C’est l’idée que corps, la parole et l’esprit ne font qu’un. La façon dont on parle, dont on étudie les choses, la façon dont on se fait traiter, dont on va traiter le corps, la parole… tout ça va ensemble. Si quelqu’un souffre d’acné, en souffre réellement, ce qui est intéressant c’est de trouver les pièces du puzzle. Ça peut passer par un travail avec un dermato, un acupuncteur, mais aussi par un travail plus psychologique, un travail sur la parole. Ce qui est intéressant c’est de voir comment tout ça va débloquer certaines choses. On peut aussi travailler avec les énergies, faire un travail sur la peau, sur les tissues – sur tout ce que ça vient engorger, parce que le mieux c’est que ça sorte.

Et pour ça faut-il forcément passer par des professionnels, ou est-ce qu’il y a des façons de faire ça soi-même ?

Dans le fond ce travail se fait toujours avec soi-même, mais on peut avoir besoin d’un professionnel pour pouvoir prendre du recul, être soutenu(e) et accompagné(e) et peut-être pour explorer des pistes qu’on n’aurait pas exploré sans ça. Et puis c’est une chose de reconnaitre qu’une expérience nous a fait souffrir mais c’est encore autre chose d’aller en parler à l’extérieur – c’est comme si ce problème d’un coup on le pose sur la table, et là on peut en faire quelque chose. C’est une vraie preuve de courage.

C’est se dire « je reconnais que quelque chose me fait souffrir, je comprends que ce problème à des causes, je veux aller explorer ces causes ». Là où le thérapeute peut être important c’est qu’il va proposer des possibilités – enfin je me dis « je vais pouvoir traverser ça, m’en sortir ». Même si ça n’est pas toujours aussi rapidement qu’on aimerait, mais toujours avec l’idée de se sentir mieux. Et quand on se sent mieux ça affecte tout le corps.

Si l’acné est liée à un choc émotionnel, est-ce qu’une fois qu’on opère un travail sur soi, potentiellement accompagné par un professionnel, les boutons disparaissent ?

Je ne peux pas vous répondre un oui ferme – sinon c’est frustrant, on a l’impression qu’on a tout fait et que ça fonctionne pas – peut être qu’on a pas encore trouvé la vraie piste. Peut-être qu’on avait trouvé de nombreuses pistes qui avaient un vrai lien mais qui ne font pas tout. Après réellement dans la pratique, oui je vois que ça a un vrai impact.

Moi dans mon travail je travaille à trois niveaux :

Le présent : qu’est ce qui se passe en ce moment pour faire souffrir la personne, quel est l’obstacle

Comment la personne s’est construite : l’enfance, les parents, comment elle s’est sentie dans son corps, l’entrée dans l’adolescence, comment s’est passé l’adolescence.

Si ça bloque encore, aller regarder les pistes du transgénérationnel : l’histoire généalogique. Je pense à une femme, qui avait une acné, pas une acné qui se répétait de génération en génération – mais à un endroit dans la lignée un personne avait souffert d’abus – résultat elle avait transmit aux filles de la lignée suivante la notion de « il faut être transparente, il ne faut pas être désirable » et c’est comme ça que l’acné s’est construite – pour certaines personnes c’est très intéressant d’explorer ces pistes là.

Quand on a des boutons, on a tendance à perdre confiance en soi, à vivre certaines angoisses notamment d’un point de vue social (peur du regard des autres etc…) – hors tout ce stress peut aussi être source d’acné. Comment sortir de ce cercle vicieux ? 

Je commencerai par dire, d’abord on s’empêche pas d’avoir peur et d’être stressé. C’est ok, c’est normal, on est des être de relation – si on se dit « je dois pas stresser je dois pas stresser », on s’ajoute un stress supplémentaire. Déjà on se laisse un peu tranquille là-dessus, on se familiarise avec ce stress, on se dit « je vais traverser ça et mon acné ne me définit pas » ça n’est pas moi, c’est peut-être un message que mon corps m’envoi. Tout ce que notre corps nous raconte, même si ça nous fait souffrir ça n’est pas son but.

Notre corps on habite dedans, c’est notre véhicule, il ne se dit pas « tiens, qu’est ce que je vais faire aujourd’hui pour lui pourrir la vie ? ». Par contre il vient raconter : «tiens tu vois il y a des émotions bloquées là, peut-être que tu les entends pas alors peut-être que je vais aller un peu plus fort pour que tu les comprenne. »

Ça peut aider de se regarder dans la glace, et de se dire que notre corps n’est pas notre ennemi : il me raconte quelque chose et je vais essayer d’aller comprendre ce que c’est. Non ce n’est pas mon ennemi, j’ai le droit comme tout le monde d’être là, j’ai ma place et ça va être une grande chance pour moi d’apprendre à m’aimer comme je suis. Parce que c’est avec moi que je vais vivre, il ne va pas y avoir de grand changement du jour au lendemain. Plus je vais m’accepter, plus je vais m’aimer (et non pas de façon nombriliste), moins le corps aura besoin d’envoyer des signaux de tous les côtés.

Parce qu’au final l’acné c’est un signal !

Oui, après il y a des cas qui sont purement liés à un dérèglement hormonal – on ne va pas nier ça. Mais quand quelque chose s’installe de façon chronique, surtout à l’âge adulte, on peut aller explorer d’autres pistes. La cortisol est souvent en jeu dans l’acné, or c’est l’hormone du stress : elle reflète notre capacité à s’adapter au monde extérieur. Si elle est trop élevée il se passe quelque chose.

Même si c’est hormonal, chaque hormone sert à quelque chose. Si l’hormone est déréglée c’est qu’elle raconte quelque chose de notre histoire – à moins d’un impact d’un médicament.

Dans une même journée, prenons le temps d’observer le nombre d’émotions qu’on va traverser et l’impact que ça va avoir sur nous et notre psychologique. En plus de tout ces hauts et ces bas, on a cette relation qui fait que très souvent on est très dépendant du regard et du jugement des autres.

Particulièrement quand on a de l’acné et qu’on a l’impression que les gens ne voient que ça…

Oui, le visage c’est ce qu’on va voir en premier quand on est dans la relation à l’autre. L’acné c’est comme si on se cachait derrière un masque mais en même temps ça attire le regarde parce que « qu’est-ce que c’est ses boutons ? »

Ça peut créer des situations paradoxales : je me trouve pas beau/belle alors je m’enlaidis encore plus pour éviter qu’on me regarde – pas qu’un bouton enlaidisse, mais c’est la représentation, la projection qu’on peut en avoir.

Ou alors à l’inverse, je sens qu’il y a trop de regards de désir sur moi. Je suis mal à l’aise avec ça alors hop je développe un masque pour me protéger.

L’acné à l’âge adulte est particulièrement dure à vivre, car on a l’impression que ça joue sur la perception que les autres ont de nous – on a l’impression de faire encore ado. Sachant que l’acné est de plus en plus fréquente chez l’adulte, comment réussir à mieux vivre son acné quand on est adultes ? Comment peut-on mieux l’assumer ?

Chez l’adolescent on s’attend à trouver de l’acné, c’est un passage.

À l’âge adulte ça vient chambouler un peu autrement. Mais ça part de l’association qu’on se fait soi-même. On se dit « si j’ai de l’acné c’est comme si j’étais encore un adolescent » – on vient se flageoler tout seul. Si on essaie de se dire à la place « tiens cette acné raconte quelque chose hormonale, alimentaire, etc… » ça change les choses…

La métaphore que j’utilise c’est d’imaginer une bulle de protection. On apprend à laisser à l’extérieur le regarde des autres. Le regard des autres leur appartient mais à aucun moment ils parlent de la vérité, et en plus souvent il y a ce qu’on imagine que les autres pensent.

Et puis des personnes qui feraient des remarques blessantes, ces personnes-là ne sont pas intéressantes. Pourquoi est-ce que je tiendrai compte d’une remarque de quelqu’un qui cherche à blesser ? Si une remarque me rend malheureux, je n’ai pas à y tenir compte.

Construire cette espèce de bulle de protection ça n’est pas se mettre une armure et avoir peur du regard des autres, c’est nourrir cet amour pour soi – en se regardant dans la glace, en se disant je suis beau/belle comme je suis. Effectivement j’ai cet acné, je ne sais pas encore ce que c’est mais je vais m’écouter, je vais mener mon enquête, je vais réunir les pièces du puzzle pour avancer. Ça n’est pas ça qui me rend moins belle, moins beau, moins intelligente, moins femme, moins adulte.

On peut imaginer que ça peut parler de la difficulté du passage de l’adolescence à la femme/homme adulte, mais pas parce qu’on est pas adulte, peut-être parce qu’il y a quelque chose qui vient déranger –Finalement on prend pas le temps de se dire « ca y’est je suis une femme/un homme » mais c’est quand même une sacré étape.

De toutes les façons ces questions tout le monde va les traverser : ma place, mon identité, mon rapport aux corps, mon rapport aux autres – d’une façon ou d’une autre. Par contre les symptômes vont être différents pour chacun selon son histoire, et ses zones de fragilité. C’est la zone que le corps va trouver pour exprimer une forme de questionnement presque existentiel.

Comment lutter contre le sentiment de solitude que peut provoquer l’acné adulte ?

Si on se sent seul(e), c’est vraiment important d’aller consulter pour ne pas faire peser sur soi cette solitude – qui n’est pas forcément lié à la gravité de l’acné, mais au regard très autocritique qu’on porte sur soi, comme si c’était une honte qu’on portait. Tout le monde a envie d’être heureux, mais tous les êtres ont des points de souffrance – leurs façon d’y réagir est très différente. Si on y réagit avec beaucoup de douleur ça ne veut pas dire qu’on est inférieur à quelqu’un d’autre – ça nous touche – et on a peut être besoin de venir remettre de l’énergie à l’intérieur, pour pouvoir se tenir droit.

Quand on se sent seul, une idée peut être d’aller écrire sa solitude. Écouter une musique qui nous rappelle cette solitude et de danser dessus. Peut-être aussi repérer qu’enfaite on est pas si seul(e) que ça.

Attention il y aussi les moments où je me sens seule, et les moments où je m’isole. Les moment où quelqu’un me rejette mais tout le monde ne me rejette pas.

Créer une communauté autour de l’acné, c’est une bonne idée car ça permet de se sentir moins seul(e) – mais toujours faire attention à que ça soit bienveillant. Éviter les « il faut, il faut »… Nan ! chacun(e) a son expérience personnelle.

Et faire attention de ne pas être dans le jugement : si il y a quelqu’un qui quand il/elle a de l’acné n’arrive pas à sortir de chez soi, ne pas la blâmer – ok cette fois tu as pas réussi à sortir, mais peut-être la prochaine fois. Et si la prochaine fois tu as besoin d’être accompagné, je serai là.

Il faut aussi se dire que quand quelqu’un nous dit quelque chose, on est pas obligé de le croire. Si c’est une phrase qui nous fait souffrir, il faut arrêter d’y croire. Pareil si on se dit tout le temps « je suis moche » etc. le cerveau l’intègre.

Quand ça va peut au lieu de se dire « aujourd’hui t’es pas si mal » se dire, « aujourd’hui j’ai du mal avec mon image » – prendre conscience de ses difficultés – prendre une part de responsabilité – ok c’est ma vie, c’est pas facile à vivre, mais plus je vais me soutenir, plus je vais être mon meilleur ami, mieux ça va aller.

Quand on commence à avoir peur du regard des autres et à croire les paroles méchantes que les autres disent, c’est comme si on se le disait à soit même – or on est comme une plante – les plantes si on ne les arrose pas, si on leur dit des choses méchantes, pouf elle vont faner. C’est pareil pour nous.

On irait jamais dire à son meilleur ami « ah t’es moche t’as des boutons » alors pourquoi est-ce qu’on se le dit à soi-même ?

C’est sûr qu’il y a des jours qui sont plus difficiles que d’autres mais on peut se laisser des petits messages, s’encourager, demander à une amie de t’envoyer un petit sms encourageant – on peut choisir de rester dans sa couette sur son canapé – mais en prendre conscience. Prendre conscience de ce que tu traverses à ce moment là, et se donner le droit de le traverser.

Un petit mot de fin ?

J’ai pas de baguette magique, c’est évident que ça demande la patiente – mais si j’ai un message c’est le suivant : restez confiant, soyez patients et voyez comment chaque jour vous pouvez être plus doux avec vous-même.

Mes trois mots clés : courage, patiente confiance et aller… on peut rajouter efforts, car rien ne fait sans efforts !