Quand on se sépare du père ou de la mère de ses enfants, il n’est pas toujours facile de trouver le bon moment, ni les bons mots pour en parler. Entre culpabilité, tristesse et colère, le mode de communication adéquat est parfois difficile à identifier. Pour affronter le mieux possible cette étape difficile, rassurer ses enfants et dédramatiser le temps de la transition, Caroline Khanafer, psychologue clinicienne, spécialisée dans l’accompagnement autour de la parentalité, répond à nos questions sur le sujet avec pragmatisme et bienveillance.

Comment trouver les bons mots pour parler de séparation à ses enfants ?

Caroline Khanafer : Commencez déjà par nommer votre conjoint ou conjointe par son prénom et non plus «Papa» ou «Maman». Cela fait comprendre aux enfants qu’il s’agit d’une séparation du couple amoureux mais en aucun cas du couple parental. Veillez aussi à utiliser le pronom «on», et séparez-vous du «nous». Cela insiste sur le fait qu’il s’agit d’une décision acceptée par les deux adultes, que les choses sont claires et que vous parlez à présent en tant qu’homme et femme et non plus en tant que couple. Vous pouvez utiliser les phrases suivantes pour verbaliser les choses concrètement : «On a des désaccords», «on n’arrive plus à continuer ensemble», «on a pris la décision de se séparer».

Les mots à employer sont-ils différents selon l’âge des enfants?

C. K. : Tout à fait, le discours s’adapte en fonction de l’âge. Pour les moins de 3 ans, vous pouvez exprimer la séparation en insistant sur des phrases comme : «Je suis toujours ta maman», «je suis toujours ton papa», «tu vas continuer à me voir». Et concernant le lieu de vie: «on ne va plus habiter dans la même maison». Avec des enfants de 7 ou 8 ans qui comprennent mieux ce qu’il se passe, on dit plutôt : «On a pris la décision de se séparer». Enfin, avec les adolescents, on peut être encore plus transparents : «On n’a plus envie des mêmes choses», «nos sentiments amoureux se sont atténués».

Quel est le bon moment pour l’annoncer à ses enfants ?

C.K. : Il ne faut faire l’annonce que lorsqu’on est sûrs de son choix, quand il n’y a plus d’hésitation ou d’ambiguïté dans le couple pour éviter de perturber les enfants. Et dans les familles où il y a des enfants d’âge différents, on peut évoquer la situation en plusieurs temps. Veillez simplement à ce que les annonces soit rapprochées pour ne pas faire porter un secret à l’un des enfants.

Comment faire pour que les enfants ne perdent pas leurs repères?

C.K. : Les repères principaux à garder sont les parents. Et même si chacun va se sentir libre de faire « à sa façon », il est primordial de prolonger les habitudes des enfants. Faites en sorte qu’ils ne changent pas de classe ou d’assistante maternelle tout de suite. Gardez les mêmes draps de lit si vous déménagez, débrouillez-vous pour qu’il n’y ait pas que des choses neuves dans leur nouvelle chambre. Ne demandez pas non plus aux tout-petits de choisir les affaires et meubles à emporter d’un côté ou de l’autre, c’est inapproprié. Décidez pour eux et dites-leur plutôt: «On a pensé à ça pour toi, on va faire comme ça…». Le plus important c’est donc de pouvoir prendre du temps avec ses enfants, d’accepter qu’ils n’ont rien demandé et qu’il ont aussi à s’y faire.

Comment les aider à passer le cap de la séparation?

C.K. : En fonction de là où ils en sont dans leur cheminement, les enfants ne vivent pas la séparation de la même façon. Offrez-leur donc toujours un endroit, un espace pour parler de ce qui arrive et faites-leur confiance sur ce qu’ils traversent. Faites-leur comprendre que vous êtes là quoi qu’il arrive avec des phrases comme : « Toi, tu n’as pas à t’occuper de nous, en terme d’amour, ça ne change rien ».« Si tu as besoin de parler à l’un ou à l’autre, on est là. »

Soyez évidemment attentif à ce qu’expriment vos enfants. Informez leur enseignant de la situation pour repérer rapidement le moindre problème. N’hésitez pas à prévenir un professionnel (médecin ou psycholoque) en cas de gros troubles du sommeil, mais ne paniquez pas au premier coup de stress ou à la première nuit courte. La situation va inévitablement engendrer des conflits, des pleurs, des angoisses et c’est normal. A contrario, ne soyez pas surpris si vos enfants ne sont pas effondrés. Ce n’est pas le moment de leur demander des preuves d’amour. Et ne passez pas votre temps à leur demandez pas s’ils sont tristes ou s’ils vont bien. Demandez plutôt ce qu’ils ressentent. Dépassez aussi votre culpabilité, car elle ne vous permettra pas d’avancer. Ces situations génèrent beaucoup d’émotions, s’il y a des larmes, c’est tout à fait normal. Ne retenez pas trop ce que vous ressentez pour éviter l’effet cocotte-minute. Cela arrive à tout le monde d’être confronté un jour ou l’autre aux histoires de ses parents. Ne vous en voulez pas dès que vous ne faites pas les choses parfaitement.

En pratique, comment organiser la période de transition?

C.K. : Cette période dépend beaucoup de l’entente du couple séparé. Il faut d’abord se poser les bonnes questions, qui sont entre autres: Est-il possible de respecter les mêmes horaires de coucher, d’avoir des jouets en commun? Est-il possible que les enfants ne changent pas d’école, de baby-sitter en cours d’année ? L’alternance de la garde peut-elle être fixe sur une certaine période ? Elaborez ensuite un planning régulier pour laisser à chacun la possibilité de reprendre sa place. En revanche, si vous n’êtes pas d’accord sur l’éducation, ne mettez pas en place de nouvelles règles trop rapidement pour éviter des bouleversements, mais attendez d’avoir trouvé un modus vivendi.

Peut-on réussir sa séparation?

C.K. : Oui, mais se séparer implique une temporalité : les doutes, les discussions, parfois les disputes, la décision actée, la séparation physique, la mise en place de l’organisation, les changements… et toutes les émotions qui vont avec. Pour que cela fonctionne, il est primordial de laisser vos enfants à leur place d’enfant. Ne leur faites pas porter le poids de votre guérison personnelle, car c’est nécessairement un chamboulement, mais ce n’est pas à eux de l’assumer. Ne sautez pas non plus un étage de l’arbre généalogique, les enfants ne doivent jamais se trouver dans une sorte de couple avec l’un de leurs parents. Confiance et patience sont les mots-clés pour réussir cette phase difficile.